Yesterday I Wasn’t Myself | Ivan de Monbrison

Yesterday I wasn’t myself

Yesterday, I wasn’t myself, I was not my shadow, I was not your brother, nor your friend, nor your sister, nor the meat, nor the bone that gnaws the dog, nor the dog that gnaws the bone, neither silence nor forgetting, neither the absurd nor the truth. Yesterday, I wasn’t myself. I was not this stroller pushed by a bearded man, with a yellow hat, and his wife next to him with a pink hat, looking at the child. There are these two dogs that a man is walking, there is this little child on a bike, the grass is dry after the winter. Yesterday, I wasn’t myself, neither the blue sky nor the wind, which no longer blows anymore, and the branches of the bare trees and the branches of the still trees. Yesterday, I could have been somewhere else, I could have been here, I could have been someone else, I couldn’t have been anyone. There are the last reflections of the sun’s rays which burn the windows, which burn the end of the day. Yesterday, I didn’t speak Russian or French or English or Spanish or Italian or Arabic or Chinese. I was not that group of crows looking for worms on the lawn to eat. I wasn’t a dog, no, I’ve already said it, I wasn’t a bench either, what was I? I was that which has already disappeared within the vanishing moment and which no longer exists in the following moment, as Time, Time is this distance which separates the two trunks of the twinned tree, Time, it is the cry of the crow, it is the amble of a man who does not know where he is going, and who is surely going, and without knowing it, towards his own finitude towards the inaccuracy of an hour the inaccuracy of a second, a lapse. Here is a man, he is the lapse of a moment, he is this lapse with a head set on two shoulders which is slowly sagging with age. It’s this couple sitting on a bench, who are going to fuck. It is not an open vagina nor a closed vagina, nor an erect cock nor a limp cock. No, it’s nothing indeed in the end, all of this is vain. I’ve read poetry books. I’ve read philosophy books. I’ve closed the pages, I’ve opened the pages, and actually, there are no more books left. There is this single white birch tree, alone among the other trees, all of them black. There are two silhouettes moving away in the alley, there are people mechanically looking at something that isn’t real, an image, a sound, they are absorbed by themselves, they are absorbed by Time, and they are dissolved inside it.


Hier je n’étais pas moi-même

Hier, je n’étais pas moi-même, je n’étais pas mon ombre, je n’étais pas ton frère, ni ton ami, ni ta soeur, ni la viande, ni l’os qui ronge le chien, ni le chien qui ronge l’os, ni le silence ni l’oubli, ni l’absurde ni la vérité. Hier, je n’étais pas moi-même. Je n’étais pas cette poussette poussée par un homme barbu, avec un bonnet jaune, et sa femme à côté de lui avec un bonnet rose, qui regarde l’enfant. Il y a ces deux chiens que promène un homme, il y a cette petite enfant à vélo, il a l’herbe sèche après l’hiver. Hier, je n’étais pas moi-même, ni le ciel bleu ni le vent, qui ne souffle plus déjà, et les branches des arbres nus et les branches des arbres immobiles. Hier, j’aurais pu être ailleurs, j’aurais pu être ici, j’aurais pu être un autre je n’aurais pu être personne. Il y a les derniers reflets des rayons du soleil qui crament les vitres qui crament la fin du jour. Hier, je ne parlais pas russe ni français ni anglais ni espagnol ni italien ni arabe ni chinois. Je n’étais pas ce groupe de corbeaux qui cherche sur la pelouse des vers pour se nourrir. Je n’étais pas un chien, non, je l’ai déjà dit, je n’étais pas un banc non plus, j’étais quoi? J’étais ce qui a déjà disparu dans l’instant précédent et qui n’existe pas encore dans l’instant qui suit, puisque le temps, le temps c’est cette distance qui sépare les deux troncs de l’arbre jumelés, le temps, c’est le cri du corbeau, c’est l’amble d’un homme qui ne sait pas où il va, et qui va sûrement, et sans le savoir, vers sa propre finitude vers l’inexactitude d’une heure l’inexactitude d’une seconde, un laps. Voilà un homme c’est un laps, c’est un laps avec une tête posée sur deux épaules qui s’affaissent lentement avec l’âge. C’est ce couple assis sur un banc, et qui va baiser. Ce n’est pas un sexe ouvert ni un sexe fermé, ni une bite dressée ni une bite abattue. Non, ce n’est rien après tout, tout cela est vain. J’ai lu des livres de poésie. J’ai lu des livres de philosophie. J’ai fermé les pages, j’ai ouvert les pages, et là il y a il n’y a plus de livres. Il y a ce bouleau seul, blanc, au milieu des arbres noirs. Il y a deux formes qui s’éloignent dans l’allée, il y a des gens qui regardent machinalement quelque chose qui n’existe pas, une image, un son, ils sont absorbés par eux-mêmes, ils sont absorbés par le temps, et ils s’y sont dissous.


Ivan de Monbrison is a French poet and artist. He has published a few books, including Les Maldormants (hybrid text, illustrated, 2014), Irradié (poems, illustrated, 2020), and La Cicatrice Nue (poems, 2020) in French, and The Other Self (poems, 2023) in English. His “Swollen Bodies” poems are due to be published this year by The Back Room poetry press (UK).